J’avoue que j’étais plutôt réticent au départ face à Hercules and Love Affair, un nouveau groupe sorti tout droit de Brooklyn et issu de DFA Records – la boîte de James Murphy, de LCD Soundsystem – malgré leur très joli nom. Je n’ai jamais réellement aimé Antony Hegarty, même si sa collaboration avec Björk sur “The Dull Flame of Desire” avait fini par me séduire, après de nombreuses écoutes. Je ne sais pas, sa voix androgyne me rend perplexe, j’ai toujours l’impression qu’il y a chez lui un surplus d’émotion destiné à faire pleurer et à donner envie de se jeter en bas d’un pont. Et puis, heureusement, il y a eu “Blind”. De la disco pop remplie de synthé intelligente et de rythmes brillants, une voix qui s’accorde parfaitement avec le ton de l’ensemble, un petit quelque chose de décalé qui est absolument irrésistible, des textes à la fois simples et profonds (ah, c’est tellement jouissif, de crier comme Antony, ”because I feel blind, because I feel blind!”). J’ai donc décidé de laisser pleinement la chance à Hercules and Love Affair de me surprendre, et après avoir entendu l’album, je dois dire qu’il est excellent. Tous les morceaux ne parviennent pas à atteindre le même degré d’intense contagion de “Blind”, mais ils sont tous marqués d’une grande maturité – c’est d’ailleurs ce qui fait toute la différence entre l’électronique de Hercules and Love Affair et la pop accrocheuse mais plus facile d’Annie ou de Calvin Harris. Tout comme LCD Soundsystem l’avait fait l’an dernier avec “Sound of Silver”, Hercules and Love Affair redonne ses lettres de noblesse au disco : un petit détour sur leur MySpace vous permettra d’entendre quelques extraits, parmi les meilleurs, en plus, et même de télécharger gratuitement “Hercules Theme”, une gentille balade qui possède énormément de potentiel pour devenir une publicité de yogourt ou de Viagra – et ce n’est même pas péjoratif, c’est vrai que ça rend vraiment heureux.
Le vidéo de “Blind”, quant à lui, laisse tout aussi perplexe que la voix de son chanteur. Il montre l’arrivée d’une jeune fille, interprétée par l’actrice britannique Jamie Winstone, au coeur d’une assemblée de dieux et de déesses grecs. Les vappes ténébreuses se transforment peu à peu, et l’ensemble se termine en orgie, ce qui représenterait, selon le réalisateur, “la naïveté reliée à l’époque disco d’avant les ravages du sida, dans les clubs destinés à promouvoir les activités calquées sur les glorieux [et sulfureux] exploits de la Rome antique.” Je ne suis pas tout à fait certain que l’exécution rend justice au message, mais c’est du moins un parallèle intéressant…